Le voyage en Asie — quand quelque chose commence à se déplacer

Le voyage en Asie — quand quelque chose commence à se déplacer

Maher El May
Auteur

janvier 14, 2026

Temps de Lecture : 7 minutes

Je suis parti en Asie sans plan précis.

Pas pour fuir, pas pour chercher quelque chose de particulier. Juste parce que quelque chose, en moi, appelait à bouger.

Je suis arrivé à Bangkok avec un cousin que je n’avais pas vu depuis longtemps. Tout était nouveau. Le rythme, les visages, la densité, le bruit.

Et pourtant, très vite, quelque chose s’est posé.

Je me suis senti vivant d’une manière différente.

Présent.

Disponible.

Ce n’était pas spectaculaire.

Plutôt une sensation discrète, presque fragile. Mais elle ne m’a plus quitté.

Écouter sans comprendre

Je n’avais pas encore les mots pour le dire.

Je ne cherchais pas à analyser.

Je vivais simplement ce qui se présentait.

Avec le recul, je sais aujourd’hui que j’étais en train d’écouter quelque chose de plus profond que mes pensées. À l’époque, je ne savais pas comment appeler ça.

Puis un jour, j’ai lu L’Alchimiste.

Pas comme un roman. Comme un miroir.

Tout ce que j’avais vécu pendant ces mois-là y était déjà écrit, autrement. Le mouvement. Les signes. L’intuition. Le chemin intérieur.

Je n’ai pas eu l’impression de découvrir quelque chose.

Plutôt de reconnaître quelque chose que je portais déjà.

Le corps comme point d’entrée

En Thaïlande, je me suis formé au massage traditionnel.

Là-bas, j’ai compris que le corps garde la trace de ce que l’on traverse.

Les tensions, les résistances, les blocages ne sont pas des défauts. Ce sont des mémoires.

En travaillant avec le toucher, la respiration, le rythme, j’ai découvert une autre manière d’écouter. Pas avec la tête. Avec le corps.

Quand le corps se relâche, quelque chose d’autre devient possible.

Le moment où tout bascule

Un jour, sans raison particulière, j’ai senti monter une émotion. Les larmes sont venues sans explication.

Je n’étais ni triste, ni heureux. Juste là.

C’était la première fois que je me sentais réellement présent à moi-même. Pas en train de faire.

Pas en train de penser. Juste là.

Ce moment m’a marqué profondément.

Peu après, j’ai rencontré deux personnes, Fanny et Romain.

Leur manière de vivre m’a frappé.

Simple. Alignée. Sans lutte apparente.

Je me suis surpris à penser :

Si c’est possible pour eux, ça l’est peut-être pour moi aussi.

Cette pensée n’est jamais repartie.

Le choix

En rentrant, quelque chose avait changé.

Je savais que je ne pourrais pas reprendre exactement là où j’avais laissé.

J’ai annoncé à mon employeur que je partirais six mois.

Pas pour voyager.

Pour me retrouver.

À l’époque, je n’avais jamais voyagé seul.

Je ne parlais pas anglais.

Et je quittais une situation stable.

Mais ce n’était plus une question de logique. C’était une évidence intérieure.

Je ne savais pas encore que ce serait une descente avant d’être une ouverture.

Laisser tomber

Partir, c’était aussi renoncer.

À un cadre sécurisant.

À un salaire.

À une identité rassurante.

Je n’ai pas analysé ce choix sur le moment.

Je savais juste que je ne pouvais pas avancer sans lâcher quelque chose.

Avec le recul, je comprends que cette descente était nécessaire.

On ne transforme rien sans accepter de traverser une zone d’inconfort.

À l’époque, je ne connaissais pas Jung.

Je ne parlais pas d’ombre ou de transformation.

Je savais seulement que quelque chose devait tomber.

Écouter vraiment

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à écouter autrement.

Pas pour comprendre.

Pas pour contrôler.

Mais pour laisser faire.

Progressivement, j’ai senti que le corps savait. Qu’il avait sa propre intelligence.

Que changer d’environnement, de rythme, de cadre, permettait au système de se réorganiser. Sans le savoir, je touchais à ce que l’on appelle aujourd’hui l’épigénétique.

Le corps s’adapte quand on lui en laisse la possibilité.

Une autre manière d’avancer

Ce voyage n’était pas une fuite. C’était une rencontre.

Une rencontre avec ce qui, en moi, demandait de la place.

Ce que j’ai compris, c’est que le changement ne vient pas d’un effort supplémentaire, mais d’un relâchement juste.

Quand on cesse de forcer, quelque chose se remet à circuler.

Depuis, j’avance autrement. En écoutant davantage.

En contrôlant moins.

Pas parce que tout est clair.

Mais parce que je sais reconnaître ce qui sonne juste.

Aujourd’hui

Ce chemin a façonné ma manière d’accompagner.

Je ne cherche pas à corriger.

Je cherche à créer les conditions pour que chacun puisse retrouver son propre mouvement. Le reste vient tout seul. 

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