Les trois chemins de Compostelle : marcher à l’instinct

Les trois chemins de Compostelle : marcher à l’instinct

Maher El May
Auteur

janvier 14, 2026

Temps de Lecture : 7 minutes

Pendant six mois en Asie, j’avais pas de plan précis.
Je suivais ce qui se présentait.
Les rencontres, les situations, les décisions se faisaient sans réflexion excessive.
Avec le recul, je comprends que j’écoutais déjà mon instinct, sans encore le nommer ainsi.

C’est plus tard, en lisant L’Alchimiste de Paulo Coelho, que j’ai vécu une véritable révélation.
De la première à la dernière page, j’y ai retrouvé exactement ce que j’avais vécu pendant ces six mois : la synchronisation,
l’écoute de l’instinct, les signes, le chemin intérieur.

C’était pas une simple lecture, c’était une reconnaissance.

À partir de là, je me suis intéressé à la philosophie alchimiste.
Une idée simple m’a marqué : ce n’est pas en cherchant l’or qu’on le trouve, c’est en le construisant.
Dans la vie, comme pour le bonheur, c’est exactement la même chose.

Peu de temps après, j’ai découvert l’existence du Chemin de Compostelle.
Je le connaissais pas vraiment.
C’était ni un rêve ni un objectif précis.

Mais quelque chose en moi me disait que ce chemin avait du sens.
J’ai écouté mon instinct.
Un an plus tard, je partais.

Premier chemin — Le chemin de la découverte (chemin français)

Je l’ai commencé à Saint-Jean-Pied-de-Port pour terminer à Santiago.
À cette époque-là, j’étais pas préparateur mental.
Aucun cadre, aucune méthode, aucun rôle à défendre.
J’avançais.

Sur ce chemin, j’ai rencontré énormément de personnes.
Il y avait du partage, des discussions, des silences aussi.
Une énergie collective très forte.

À l’arrivée à Santiago, on s’est tous retrouvés.
C’était profondément humain.

Très naturellement, sans en avoir conscience, j’ai créé des repères intérieurs.
Un ancrage simple : « Easy. Facile. »

Quand j’entrais dans une auberge, je faisais attention à ne pas laisser mon esprit croire que j’étais déjà au maximum.
Je gardais de la marge.
Sans y penser, ça me protégeait.

Une autre phrase m’accompagnait : « No pain, no glory ».
Elle a pris un sens particulier après une rencontre avec un Espagnol.

À la fin du parcours, à cause de mon pied, j’ai dû passer par les urgences.
Deux jours plus tard, il m’a envoyé une photo.
Simple. Marquante.

Un rappel que chacun traverse le chemin à sa manière, et que certaines traces restent.

Puis, une douleur au genou est apparue.
Seul, sans solution évidente, je me suis arrêté.
J’ai respiré.
J’ai parlé intérieurement à mon corps.
Pas pour expliquer. Juste pour continuer.

Une trentaine de minutes plus tard, la douleur avait disparu.
J’ai repris la marche.

Plus tard, d’autres douleurs : ampoules, pieds en feu, urgences, changement de chaussures.
Un doute clair : comment finir ?

J’étais pas randonneur.
Aucune expérience particulière

Alors une image est venue : si Mike Horn était à ma place, que ferait-il ?
Pas pour devenir lui.
Juste pour m’appuyer.
Ce jour-là, j’ai marché 44 km.
Les huit derniers jours, j’ai continué autour de 44 km par jour.
Sans chercher à comprendre.
J’ai avancé.

C’est là que j’ai appris à me connaître.
Que le corps et l’esprit dialoguent bien avant qu’on en soit conscient.
Et que le bonheur, comme l’alchimie, se construit.

Pour ceux qui aiment les statistiques :
789 km en 23 jours

Deuxième chemin — Le chemin de la solitude (Séville → Santiago)

Je l’ai commencé à Séville, avec Santiago comme destination.
Je n’étais pas prêt.

À la fin de la première journée, le corps a parlé : sciatique, pied gonflé, presque bleu.
Malgré ça, je suis reparti.

Ce qui a marqué ce chemin, ce n’est pas seulement la douleur.
C’est la solitude.

Je me suis retrouvé vraiment seul.
Parfois quatre jours d’affilée : marcher seul, manger seul, dormir seul.
Sans échanges. Sans comparaison. Sans personne.

Je suis compétitif.
D’habitude, il y a toujours quelqu’un en face.
Là, personne.

Je n’ai pas combattu les autres.
J’ai appris à me battre contre moi-même : la fatigue, la douleur, la colère d’être parti sans être prêt, les pensées quand il n’y a
plus rien pour les couvrir.

L’idée d’abandon est passée.
Je peux l’admettre.

Mais abandonner n’a jamais été une option.

Je me souviens de ce jour précis : entre deux villages, 35 km, pluie, vent.
Rien entre le départ et l’arrivée.
Pas un magasin. Pas un café. Pas même un verre d’eau.
Juste le chemin. Et moi.

Je n’ai pas cherché à être fort.
J’ai avancé, pas après pas, en acceptant ce qui était là.

À l’arrivée, j’étais seul à Santiago.
Pas un manque. Une leçon.

Ce chemin m’a appris le détachement : du regard des autres, de la comparaison, de la performance extérieure.
Et que l’inconfort devient supportable quand on arrête de lutter contre lui.

Pour ceux qui aiment les statistiques :
≈ 840 km en 27 jours

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