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J’ai pas cherché à devenir quelqu’un.
J’ai d’abord cherché à me comprendre.
À tenir debout. À respirer.
Très tôt, l’inconfort a fait partie de ma vie.
Le surpoids, le regard des autres, les limites du corps.
Le sport est devenu mon premier terrain d’apprentissage.
Pas pour performer, mais pour sortir de ma zone de confort et reprendre la responsabilité de ma propre trajectoire.
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L’école, c’était pas pour moi
À l’école, j’ai rapidement compris que je fonctionnais pas comme les autres. Les cadres rigides, la théorie, les codes scolaires. Un inconfort permanent.
Plus tard, j’ai mis des mots dessus : dyslexique.
J’ai compris avec le temps que mon attention fonctionnait de manière atypique.
À l’époque, c’était ni nommé ni diagnostiqué.
Il y avait surtout ce sentiment d’être en décalage.
Pendant une période de ma vie, je me suis souvent senti incompris. Pas vraiment à ma place.
Il y avait comme un appel au fond de moi. Difficile à expliquer, mais bien présent.
Je sentais qu’il y avait autre chose à explorer, autre chose à vivre. Le plus difficile n’était pas de l’entendre, mais d’oser y répondre.
À ce moment-là, il me manquait encore le courage de suivre pleinement cet appel.
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Ce décalage m’a obligé à développer autre chose
Là où certains apprenaient par les mots, moi j’apprenais par l’expérience. Par le corps. Par le ressenti.
Avec le recul, je vois que ce qui a longtemps été vécu comme une difficulté est devenu une force. Pas parce que c’était facile, mais parce que ça m’a forcé à trouver mon propre chemin.
Dans ma philosophie, ce qui est perçu comme négatif peut devenir une force.
Plus il y a un travail à faire sur soi, plus le potentiel de transformation est grand.
Et avec le temps, j’ai appris une chose simple : Le travail finit toujours par battre le talent.
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L’Asie : quand l’instinct prend enfin la place
Cette quête d’équilibre m’a conduit en Asie, pendant six mois. Sans plan précis.
J’ai appris à ralentir, à écouter ma voix intérieure, à faire confiance à mon intuition. À me reconnecter à la nature, à la vie, et à moi-même.
En Thaïlande, à Chiang Mai, je me suis formé au massage thaï traditionnel.
J’y ai découvert à quel point le corps garde en mémoire ce que l’esprit tente parfois d’ignorer.
Et comment le mouvement et la respiration peuvent redonner de la fluidité là où tout semble figé.
En Inde, j’ai poursuivi ce chemin à travers l’Ayurveda.
Une vision de la santé qui ne sépare pas le corps du mental, ni l’individu de son environnement.
Une approche qui m’a appris que prendre soin de soi demande souvent de revoir sa manière de vivre.
Pas seulement de gérer des symptômes.
Un jour, sans raison particulière, j’ai ressenti une sensation étrange. J’en ai même eu les larmes aux yeux.
Je savais pas ce que c’était.
Je l’avais jamais ressenti auparavant.
J’étais bien.
Présent. Là.
Plus tard seulement, j’ai compris. C’était le moment présent.
Une sensation que je connaissais pas encore, mais qui m’a profondément marqué.
J’ai croisé Fanny et Romain.
Fanny était toute petite, discrète, fine.
À un moment, une pensée très simple m’est venue : si elle est capable de vivre comme ça, alors moi aussi.
Cette pensée ne m’a plus quitté.
En rentrant, j’ai pris une décision que j’aurais jamais imaginée possible auparavant.
Je suis allé voir mon patron et je lui ai dit : « Dans un an, je prendrai six mois sabbatiques. »
À ce moment-là, j’étais jamais parti seul.
Je parlais pas anglais.
Je sortais complètement de ma zone de confort.
Et pourtant, c’était évident.
Avec le recul, je sais que c’était l’une des décisions les plus importantes de ma vie.
Mais partir six mois, c’était pas seulement une question de voyage. C’était aussi une question de renoncement.
À cette époque-là, j’étais encore très attaché au matériel.
J’avais un appartement, un loyer à payer, une stabilité financière, un salaire régulier.
Partir signifiait lâcher tout ça : ne plus recevoir de revenu, quitter un cadre sécurisant, accepter l’incertitude.
Sur le moment, je l’ai pas analysé ainsi.
Je savais simplement que quelque chose devait tomber. Que je pouvais pas avancer sans me délester.
Avec le recul, je comprends que ce passage était une descente nécessaire.
Comme l’explique Carl Jung : on ne va pas vers la lumière sans traverser l’ombre. Mais cette philosophie, je l’ai comprise que bien plus tard.
Ce que je comprends aujourd’hui, c’est que mon instinct me parlait déjà depuis longtemps. Il était là, en arrière-plan.
Mais je l’écoutais pas vraiment.
À ce moment précis de ma vie, quelque chose a changé.
Pour la première fois, j’ai pas seulement entendu mon instinct. Je l’ai écouté.
Sans tout comprendre.
Sans tout contrôler.
Mais en lui faisant confiance.
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Les six mois en Asie ont alors pris une toute autre dimension. Il s’agissait plus de voyager, mais de me rencontrer.
Jour après jour, j’ai compris que le déplacement extérieur provoquait un déplacement intérieur.
Changer d’environnement, de rythme, de repères, permet aussi de transformer ce que le corps et l’esprit ont appris à répéter.
Sans encore mettre de mots dessus, j’ai commencé à comprendre ce qu’on appelle aujourd’hui l’épigénétique : lorsqu’on change durablement son mode de vie, son contexte, ses habitudes, le corps s’adapte. Il réagit. Il se réorganise.
Pour moi, le voyage a été une thérapie.
Pas une fuite.
Pas une rupture.
Mais un espace où le corps a pu respirer autrement, où l’esprit a pu se poser, et où quelque chose de plus juste a commencé à émerger.
C’est à partir de ce moment-là que j’ai réellement commencé à avancer autrement.
En écoutant moins ce que je devais faire. Et davantage ce que je sentais juste.
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Compostelle : réduire à l’essentiel
Puis il y a eu le Chemin de Compostelle. Marcher. Jour après jour.
Un pèlerinage extérieur, mais surtout intérieur.
Le chemin réduit à l’essentiel.
Le corps avance, le mental se pose, et quelque chose d’autre prend la place.
C’est là que j’ai compris une chose simple :
On ne trouve pas l’équilibre, on le construit.
Chaque étape m’a confronté à moi-même.
À la solitude. À la fatigue. À la douleur. Aux choix.
Pas pour devenir plus fort au sens classique, mais pour devenir plus juste.
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Structurer ce que j’avais compris
Après ces expériences, il est devenu évident pour moi que je devais structurer ce que j’avais compris et vécu.
Non pas pour théoriser, mais pour approfondir, clarifier et affiner.
Je me suis alors formé à diverses pratiques, à la croisée du corps, du mental et de l’accompagnement humain.
Des formations choisies avec exigence, toujours dans la continuité de mon parcours, pour mieux comprendre ce qui se joue chez l’être humain lorsqu’il cherche l’équilibre, la clarté et l’alignement.
Ces apprentissages sont pas venus remplacer l’expérience.
Ils sont venus l’enrichir, lui donner un cadre, et me permettre aujourd’hui d’accompagner avec justesse, discernement et responsabilité.
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Une trajectoire antifragile
Avec le recul, je comprends que mon parcours m’a pas simplement rendu plus fort. Il m’a rendu antifragile.
Comme l’explique Nassim Nicholas Taleb : certaines personnes se contentent pas de résister aux chocs. Elles se construisent grâce à eux.
Les épreuves, l’inconfort, les détours ne fragilisent pas forcément. Ils transforment.
Chaque difficulté traversée, chaque remise en question, chaque période d’instabilité a été une matière première.
Non pas pour durcir, mais pour ajuster, affiner, renforcer autrement.
J’ai pas cherché à éviter les chocs.
J’ai appris à avancer avec, à en tirer quelque chose de juste, à laisser le chemin me façonner. Il n’y a pas de bon rythme. Il y a le vôtre, celui de votre propre chemin.